Guitare classique : posture, technique et grands compositeurs

La guitare classique se distingue de ses cousines par trois éléments concrets : des cordes en nylon, un manche large et une caisse dont la forme a été fixée au dix-neuvième siècle par un luthier espagnol. Ces choix ne sont pas décoratifs : ils déterminent la sonorité de la guitare classique, la technique de jeu qu'elle appelle et le répertoire qu'elle permet d'aborder.

À retenir

  • La guitare classique se distingue par trois éléments concrets : des cordes en nylon, un manche large et une caisse dont la forme a été fixée au dix-neuvième siècle.
  • Le nylon impose un jeu aux doigts, la largeur du manche facilite les écarts, et l'ensemble donne un son plus doux que celui d'une guitare folk.
  • La posture, pied gauche surélevé et instrument incliné, n'est pas une convention : elle place la main gauche dans l'axe qui évite les tensions.

Ce qui définit une guitare classique

Six cordes, dont les trois aiguës en nylon et les trois graves filées de métal sur une âme de nylon. Un manche d'environ cinquante-deux millimètres au sillet, nettement plus large que celui d'une guitare folk, ce qui laisse aux doigts l'espace nécessaire au jeu polyphonique. Une caisse de résonance dont la table d'harmonie est collée sans renfort métallique, ce qui donne à la guitare son équilibre sonore, la tension des cordes en nylon étant bien inférieure à celle de l'acier.

Cette dernière différence explique presque tout le reste. Une guitare folk supporte des cordes en acier grâce à un barrage en X et à une structure renforcée ; une guitare classique, conçue pour une tension moindre, utilise un barrage en éventail qui laisse la table vibrer plus librement. Monter des cordes en acier sur une guitare classique l'endommagerait en quelques semaines : le type de corde n'est jamais interchangeable.

Le jeu se fait aux doigts, sans médiator, ce qui donne à chaque note une attaque personnelle et permet de faire sonner simultanément mélodie, basse et accompagnement. C'est cette capacité qui a fait de la guitare classique un véhicule de musique classique à part entière, et non un simple instrument d'accompagnement.

Antonio de Torres et la forme moderne

Jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle, la guitare était de dimensions modestes, au son limité, cantonnée aux salons. La guitare baroque puis la guitare romantique en constituent les étapes intermédiaires, avec des caisses étroites et des cordes en boyau.

Le tournant, pour ce type de guitare, vient d'un luthier espagnol, Antonio de Torres, actif à Séville et à Almería dans la seconde moitié du siècle. Il agrandit la caisse, affine la table d'harmonie et généralise le barrage en éventail à sept brins. Le résultat est une guitare nettement plus puissante, capable de tenir une grande salle : c'est la naissance de la guitare de concert. La forme qu'il fixe alors est, à quelques détails près, celle de toutes les guitares classiques fabriquées depuis, y compris la guitare espagnole d'aujourd'hui.

Deux musiciens achèvent ce travail. Francisco Tárrega, compositeur et pédagogue, établit à la fin du siècle les principes techniques encore enseignés aujourd'hui et compose des pièces devenues emblématiques, dont la plus connue évoque l'Alhambra. Andrés Segovia, au vingtième siècle, impose l'instrument sur les scènes internationales et suscite un répertoire nouveau auprès des compositeurs de son temps.

Les bois et la facture

Le choix des bois détermine la qualité sonore d'une guitare classique davantage que la marque ou le pays de fabrication.

  • La table d'harmonie, pièce maîtresse, est en épicéa ou en cèdre : une table d'harmonie en bois massif reste le meilleur produit à budget égal. L'épicéa donne un son clair et précis qui se développe avec les années ; le cèdre offre d'emblée un timbre chaud et une réponse immédiate, apprécié des débutants comme des concertistes.
  • Le dos et les éclisses sont en palissandre ou en acajou. Le palissandre apporte des basses profondes et une richesse harmonique ; l'acajou, plus sobre, favorise la clarté des voix médianes.
  • Le manche est généralement en cèdre ou en acajou, choisis pour leur stabilité.
  • La touche est en ébène ou en palissandre, bois durs qui résistent à l'usure des cordes.
  • L'érable se rencontre sur certains modèles, où il donne un son plus direct et moins réverbérant.

Une distinction plus importante que l'essence elle-même sépare le bois massif du bois laminé. La table massive d'une guitare vibre, s'assouplit et gagne également en profondeur au fil des années ; une table laminée reste stable mais n'évolue pas. Sur une guitare d'étude, la table massive associée à un dos laminé constitue le meilleur compromis, la table portant l'essentiel de la sonorité.

Les cordes en nylon

Les cordes de la guitare classique paraissent aller de soi et ne datent pourtant que de 1946. Jusque-là, les cordes étaient en boyau, matériau fragile, coûteux et instable en fonction de l'humidité. La pénurie d'après-guerre conduisit un fabricant américain à proposer le nylon à Segovia, qui l'adopta. En quelques années, l'ensemble des guitaristes suivit.

Le tirant, c'est-à-dire la tension, se choisit selon le jeu et l'instrument. Un tirant faible facilite les débuts, ce qui en fait le choix courant sur une guitare classique pour débutant, et convient aux instruments anciens ; un tirant normal constitue le standard ; un tirant fort donne plus de volume et de projection, au prix d'un jeu plus exigeant. Les cordes graves, filées d'un ruban métallique, s'usent plus vite que les aiguës et perdent leur brillance en quelques dizaines d'heures de jeu.

La technique de jeu

C'est ce qui distingue le plus nettement la guitare classique des autres pratiques, par exemple celles de la guitare acoustique à cordes acier.

La position

Le musicien joue assis, la guitare posée sur la cuisse gauche, le pied gauche surélevé par un repose-pied ou la cuisse rehaussée par un support ergonomique. Cette position place le manche de la guitare en oblique et libère également les deux mains de toute fonction de soutien. Elle paraît contraignante au début et se révèle la seule tenable sur la durée : notre page sur la posture du musicien détaille les troubles qu'une mauvaise tenue provoque.

La main droite

Chaque doigt de la main droite porte un nom hérité de l'espagnol : pouce, index, majeur et annulaire, l'auriculaire n'étant pratiquement pas utilisé. L'attaque de la main droite se fait selon deux modes. Le pincé, où le doigt quitte la corde sans toucher la voisine, sert aux arpèges et aux accords. La butée, où le doigt vient s'appuyer sur la corde suivante après avoir joué, donne un son plus plein et s'emploie dans les traits mélodiques.

La longueur des ongles compte autant que le geste. Un ongle trop court donne un son mat, trop long un son grinçant ; leur mise en forme fait partie de la pratique quotidienne du guitariste classique, ce qui surprend souvent les musiciens venus d'autres horizons.

La main gauche

Le pouce reste derrière le manche, à hauteur du majeur, sans jamais passer par-dessus comme le font les guitaristes de folk ou de blues. Les autres doigts abordent la corde perpendiculairement, près de la frette, ce qui limite l'effort nécessaire. Le barré, qui consiste à plaquer l'index sur plusieurs cordes, demande une position juste plutôt que de la force : c'est l'obstacle sur lequel butent la plupart des débutants, et il se franchit par le placement, non par la contrainte.

Le répertoire

Le répertoire de la guitare classique s'étend sur cinq siècles et se laisse aborder progressivement.

Les pièces de la Renaissance et de l'époque baroque, écrites pour luth ou vihuela, sont largement transcrites. Le dix-neuvième siècle apporte les études de Fernando Sor, Mauro Giuliani et Dionisio Aguado, qui constituent encore aujourd'hui la base de la formation. Le tournant du vingtième siècle est marqué par les œuvres de Tárrega, puis par un répertoire moderne considérable : les études et préludes de Villa-Lobos, les pièces de Barrios, et le concerto que Rodrigo composa en 1939, le plus joué de tout le répertoire de l'instrument.

Une guitare flamenco se distingue par ailleurs de la classique, bien qu'elle en dérive : caisse plus légère, dos en cyprès, cordes plus proches de la touche pour un jeu percussif, et plaque de protection contre les frappes. Le geste y est différent, le vocabulaire aussi, et un instrument classique ne s'y prête qu'imparfaitement.

Les grandes catégories d'instruments

Sous le nom de guitare acoustique se rangent plusieurs familles que l'on confond souvent, et dont chacune répond à un usage distinct.

La guitare classique et la guitare espagnole

Les deux termes désignent en pratique le même instrument, la mention espagnole rappelant simplement son origine et la lutherie qui l'a fixé. Une guitare classique de facture espagnole n'est pas d'une catégorie différente : elle relève d'une tradition de fabrication, non d'un type à part. La confusion vient des catalogues, où l'appellation espagnole désigne parfois les modèles d'entrée de gamme.

La guitare acoustique à cordes acier

Communément appelée folk, elle se reconnaît à son manche étroit, à sa caisse souvent plus grande et à son chevalet à billes. Son volume sonore est supérieur, son attaque plus franche, et elle se joue fréquemment au médiator. C'est l'instrument du répertoire de chanson et de musique populaire, là où la guitare classique sert un répertoire écrit.

La guitare électro-acoustique

Il s'agit d'une guitare acoustique, classique ou folk, équipée d'un capteur permettant de l'amplifier. Le son reste celui de la caisse ; le capteur ne fait que le transmettre. C'est un choix pertinent pour qui joue en groupe ou en salle, sans changer de technique.

Un dernier type mérite d'être signalé : la guitare de gaucher, dont la table, le chevalet et le barrage sont construits en miroir. Inverser les cordes d'une guitare de droitier constitue un pis-aller, l'instrument n'étant pas symétrique à l'intérieur. Une grande partie des fabricants proposent aujourd'hui des modèles disponibles dans les deux configurations, ce qui n'était pas le cas il y a vingt ans.

Le choix entre ces catégories précède toute autre considération. Une guitare classique achetée pour jouer de la chanson décevra, et une folk achetée pour aborder le répertoire écrit tout autant. Notre page sur l'apprentissage de la musique à l'âge adulte aborde cette question du choix initial, qui conditionne la suite.

Choisir son instrument

Choisir sa guitare demande quelques repères, qui permettent d'éviter les erreurs les plus fréquentes. Ce guide d'achat les résume.

  • La taille avant tout, qu'il s'agisse d'un enfant ou d'une guitare classique adulte. Les modèles existent en quatre quarts, trois quarts, demi et quart. Un enfant sur un instrument trop grand adopte des positions qui compromettent sa progression et peuvent devenir douloureuses.
  • La table massive plutôt que la marque. À budget égal, une guitare classique à table massive d'un fabricant discret sonnera mieux qu'un modèle entièrement laminé d'une marque connue.
  • L'action, c'est-à-dire la hauteur des cordes au-dessus de la touche. Trop haute, elle rend le jeu épuisant ; un réglage chez un luthier coûte peu et transforme un instrument médiocre.
  • L'occasion constitue une piste sérieuse : une guitare classique bien conservée ne se dégrade pas et sa table massive s'améliore avec le temps. Le prix d'un instrument d'occasion soigneusement choisi est souvent inférieur de moitié à celui du neuf équivalent.
  • L'essai reste indispensable. Deux exemplaires d'une même guitare ne sonnent pas exactement pareil, le bois n'étant jamais identique d'une pièce à l'autre.

Il n'existe pas de meilleure guitare classique dans l'absolu, mais un instrument adapté à son projet parmi un grand nombre de modèles. Pour choisir une guitare, notre page sur le choix d'un instrument de musique précise les questions à se poser, et celle des cours de guitare aborde les premiers accords.

Entretenir sa guitare

Le bois massif d'une guitare classique réagit à l'humidité de l'air. Un taux compris entre quarante-cinq et cinquante-cinq pour cent convient ; en dessous, la table se rétracte et peut fendre, au-dessus elle gonfle et le son s'étouffe. Un humidificateur de caisse coûte peu et règle la question dans un logement chauffé.

Les cordes se changent lorsqu'elles perdent leur justesse ou leur brillance, ce qui survient plus vite qu'on ne le croit pour un instrument joué quotidiennement. Le nettoyage de la touche et le contrôle du chevalet complètent l'entretien courant. Une révision chez un luthier tous les quelques années suffit à maintenir un instrument en état pendant des décennies.

Questions fréquentes

Quelle différence entre guitare classique et guitare folk ?
La classique porte des cordes en nylon sur un manche large, avec un barrage en éventail. La folk utilise des cordes en acier, un manche plus étroit et un barrage en X. Les cordes ne sont pas interchangeables.

Quels bois choisir ?
La table d'harmonie en épicéa donne un son clair qui s'ouvre avec les années, le cèdre un timbre chaud immédiat. Le palissandre au dos apporte des basses profondes, l'acajou plus de clarté.

Faut-il une table massive ?
Oui dès que le budget le permet : une table massive vibre et évolue avec le temps, une table laminée reste stable mais n'évolue pas. Table massive et dos laminé constituent le bon compromis en étude.

Quelle taille pour un enfant ?
Trois quarts vers huit à onze ans, demi vers cinq à huit ans, quart en dessous. Un instrument trop grand provoque des positions nuisibles à la progression.

À quel rythme changer les cordes ?
Dès que la justesse ou la brillance se dégrade. Les graves filées s'usent plus vite que les aiguës, souvent en quelques dizaines d'heures de jeu.

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